La vie de jeune parent offre à la fois de très beaux moments et des défis parfois difficiles, y compris l’allaitement. L’allaitement fait naturellement partie du post-partum et est donc souvent perçu comme quelque chose qui se met en place tout seul.
C’est une idée reçue, et l’allaitement peut être une grande source de frustration pour certaines mères et certains couples.
Dans cet article, je vais vous expliquer comment vous préparer et bien démarrer l’allaitement.
Article de
Sanne Christensen, sage-femme et consultante en lactation certifiée IBCLC, en pratique libérale
Introduction à l’allaitement
La grossesse, l’accouchement et la période post-partum mettent le corps et l’esprit à rude épreuve, et ce pour de nombreuses raisons. La recherche, tout comme mon expérience de sage-femme, montre que l’implication, la préparation et les connaissances sont des éléments clés pour vivre une expérience d’allaitement réussie.
Souvent, la préparation à l’allaitement et l’allaitement lui-même ne sont pas une priorité pour les futurs parents, sans doute parce qu’ils ont déjà beaucoup d’autres choses en tête. Mon expérience est que l’accouchement est perçu comme un objectif final, ce qui amène à négliger la préparation à la période qui suit la naissance.
C’est tout à fait normal. Cela dit, je souhaite mettre en lumière l’importance de la préparation à l’allaitement et d’un accompagnement qualifié, avec l’implication du père ou du partenaire ainsi que du réseau de soutien.
Allaitement et implication du partenaire
Impliquer votre partenaire dans la préparation à la naissance et à l’allaitement fait une vraie différence. Le renforcement de votre relation autour de la naissance, une répartition claire des rôles et une collaboration bien définie contribuent à une expérience plus sereine, plus rassurante et plus concrète.
Si vous êtes mère solo, je vous recommande de vous entourer d’une personne de confiance, par exemple un ami ou un membre de votre famille, qui pourra vous aider et vous soutenir. Cela fait une réelle différence.
Les études montrent que l’implication du partenaire dans l’accompagnement à l’allaitement, comparée à un accompagnement de la mère seule, entraîne :
- 14 pour cent de chances en plus d’un allaitement exclusif 4 à 6 semaines après la naissance
- 56 pour cent de chances en plus d’un allaitement exclusif à 3 ou 4 mois
- 210 pour cent de chances en plus d’un allaitement exclusif à 6 mois
L’allaitement exclusif signifie que le bébé consomme uniquement du lait maternel.
L’implication signifie qu’un plan est établi pour la mère et pour le père ou le partenaire concernant la mise en place de l’allaitement. Il ne s’agit pas de deux plans séparés, mais bien d’un projet commun, où le rôle du partenaire est clairement intégré.
Conseils pour favoriser l’implication
- Participez ensemble à une préparation à l’allaitement pendant la grossesse, dans le cadre public, privé ou les deux.
- Discutez de vos attentes respectives vis-à-vis de l’allaitement.
- Notez comment vous pouvez vous soutenir mutuellement et quels sont vos souhaits pour les premiers temps avec votre enfant.
- Réfléchissez à la question des visites dans les premiers jours ou les premières semaines après la naissance. Si vous en souhaitez, posez un cadre clair et partagez-le avec votre entourage dès la grossesse.
- Expliquez à votre réseau ce qui est important pour vous au début et comment il peut vous soutenir au mieux.
Préparation
La recherche montre que cela a un effet positif lorsque les futurs parents se préparent ensemble à la naissance et à l’allaitement à travers différentes formes de préparation. Comme mentionné plus haut, je considère que la préparation à l’allaitement est souvent sous-estimée.
Lors de cette préparation, vous pouvez choisir de faire appel à une aide privée en complément du suivi public. Il est alors important de bien vérifier d’où proviennent les informations et les conseils. Il existe de nombreux intitulés pour désigner les personnes qui accompagnent l’allaitement. Une consultante en allaitement utilise généralement ce titre après avoir suivi une formation complémentaire dans un centre spécialisé. Toutefois, les titres de consultante ou conseillère en allaitement ne sont pas protégés, ce qui rend pertinent de se renseigner sur le parcours de la personne que vous choisissez.
Je recommande de vous tourner vers une consultante en lactation issue du milieu de la santé, idéalement sage-femme, et titulaire du titre protégé IBCLC. La certification IBCLC représente le plus haut niveau de reconnaissance dans le domaine de l’allaitement et repose sur une formation approfondie et une solide expérience pratique. Cette spécialisation couvre notamment l’anatomie et la physiologie de l’allaitement, les difficultés possibles et leurs solutions, ainsi qu’une compréhension fine des besoins du nourrisson et de la mère.
Je fais une distinction entre la préparation à l’allaitement et l’accompagnement à l’allaitement. La préparation correspond à la partie de l’accompagnement qui a lieu pendant la grossesse. Elle permet de se préparer aux premières tétées et au processus normal de mise en place de l’allaitement. Elle vous apprend aussi à repérer ce qui sort de la norme, afin de savoir quand demander de l’aide.
L’accompagnement à l’allaitement, lui, a lieu après la naissance.
C’est à ce moment-là que vous faites connaissance avec votre enfant et que vous apprenez ensemble ce que signifie allaiter. Cela prend du temps, et c’est parfaitement normal.
On considère que l’allaitement se met en place en général en deux à trois semaines, mais pour certaines personnes cela peut prendre plus longtemps. Les besoins en accompagnement après la naissance varient donc beaucoup d’une famille à l’autre, tant en fréquence qu’en durée.
Conseils pour bien se préparer
- Écrivez une lettre de naissance destinée à la sage-femme, dans laquelle vous exprimez vos souhaits et vos attentes pour la période après l’accouchement. Cela peut par exemple être le souhait de calme dans la chambre, d’attendre avant une éventuelle suture si possible, du peau-à-peau avec votre bébé et d’un minimum d’interventions lors de la première tétée. Idéalement, pendant les 60 à 90 premières minutes après la naissance.
- Si votre grossesse s’est déroulée sans complication, vous pouvez envisager de commencer l’expression manuelle du colostrum à partir de 36 semaines. Suivez les consignes d’un professionnel de santé. Si vous n’arrivez pas à recueillir du colostrum, ne vous découragez pas. Le plus important est de vous familiariser avec vos seins et avec la technique. C’est un outil précieux, par exemple si votre bébé est malade le premier jour après la naissance.
Connaissances
Il peut être utile de rassembler des informations concrètes et pratiques sur la préparation à l’allaitement et l’allaitement en général. Disposer de connaissances fondées sur des bases professionnelles apporte du calme et de la confiance à l’approche de l’accouchement. Si vous en avez le temps et l’énergie, vous pouvez faire une liste de vos préoccupations et en discuter avec votre sage-femme, qui pourra vous conseiller grâce à son expertise.
Il est particulièrement intéressant de se renseigner sur les difficultés les plus courantes liées à l’allaitement.
Les problèmes que je rencontre le plus souvent en pratique sont :
- Une mauvaise technique de succion
- Des douleurs, avec ou sans plaies ou crevasses visibles
- Une prise de poids insuffisante
- Une mauvaise vidange du sein, pouvant par exemple mener à une mastite
- Des troubles de la motricité orale chez l’enfant, parfois liés à des restrictions d’un ou plusieurs des sept freins buccaux
- L’absence d’un plan clair pour l’allaitement, alors qu’un problème est déjà apparu très tôt
Beaucoup de ces difficultés sont étroitement liées entre elles, et il est rare qu’un seul problème soit présent isolément. Si un bébé ne tète pas correctement, cela peut rapidement entraîner une cascade de conséquences qui compliquent la poursuite de l’allaitement sur le long terme. C’est pourquoi il est important que vous, en tant que futurs parents, vous informiez dès la grossesse. Il est tout aussi essentiel de savoir comment et vers qui vous tourner après la naissance si vous rencontrez des difficultés et que vous n’avez pas encore reçu l’aide adaptée.