Qui est concerné par la séparation des muscles abdominaux et combien de personnes sont touchées ?
La séparation des muscles abdominaux survient le plus souvent en lien avec la grossesse.
Il s’agit d’une adaptation tout à fait normale des tissus pour laisser de la place au bébé et au ventre qui grandit. L’augmentation de la pression sur la paroi abdominale entraîne un étirement de la ligne blanche vers les côtés, la rendant plus fine et plus fragile dans sa structure. Toutes les femmes enceintes présentent une séparation des abdominaux à la fin du dernier trimestre.
Après la grossesse, le tissu conjonctif se rétracte dans la plupart des cas et tente de retrouver sa forme, sa solidité et sa fonction stabilisatrice initiales.
Chez la majorité des femmes, cette rétraction se fait spontanément. Toutefois, jusqu’à 33 % peuvent encore présenter une séparation des muscles abdominaux un an après l’accouchement. Cela n’entraîne pas forcément de symptômes et ce n’est pas une situation grave.
Le corps et le tissu conjonctif réorganisent leurs fibres jusqu’à deux ans après la grossesse, même si les progrès spontanés les plus importants se produisent le plus souvent durant les six premiers mois.
Détection de la séparation des muscles abdominaux, la fameuse distance
Lorsqu’on évalue une séparation des muscles abdominaux, la distance est généralement mesurée sur la ligne médiane de l’abdomen. Elle est exprimée soit en centimètres, soit en largeur de doigts. En réalité, cette distance ne dit rien de l’état ni de l’épaisseur du tissu conjonctif, ni du fonctionnement global du tronc. Elle ne renseigne pas non plus sur les symptômes ou l’inconfort éventuellement ressentis.
La distance n’indique pas si le tissu conjonctif est solide ou non, c’est-à-dire sa capacité à se tendre, à stabiliser et à faire le lien entre les muscles abdominaux de chaque côté.
Par exemple, une distance de deux à trois centimètres peut s’accompagner d’un tissu conjonctif mou, qui s’affaisse comme un hamac entre les muscles. À l’inverse, une distance de 3 à 4 centimètres peut être associée à un tissu conjonctif solide, tendu comme une voile, capable de transmettre les forces entre les muscles et d’assurer une bonne stabilité.
L’essentiel est que le tissu conjonctif et le tronc fonctionnent ensemble de manière efficace, afin que le centre du corps soit suffisamment fort face aux contraintes auxquelles il est soumis.
Et plus important encore, il faut se demander si cette situation vous gêne ou non, et si vous vous sentez bien dans votre corps. En l’absence de gêne et si vous vous sentez forte, il n’y a aucune raison de mesurer cette distance ou de s’en inquiéter.
Symptômes de la séparation des abdominaux
La séparation des muscles abdominaux peut se manifester de différentes façons, et il n’existe pas de liste définitive de symptômes que l’on puisse attribuer avec certitude à cette condition.
L’indice le plus évident est le classique effet « toblerone » au milieu de l’abdomen, par exemple lorsque vous vous cambrez en position debout, vous relevez d’une position allongée, faites des redressements assis, une planche ou des exercices similaires.
Certaines personnes peuvent également présenter une hernie sur une zone de faiblesse de la ligne médiane, comme une hernie ombilicale.
De nombreuses femmes qui rencontrent des problèmes liés à la séparation des abdominaux décrivent notamment les éléments suivants :
- Une dépression visible et palpable entre les muscles de l’abdomen, au repos comme en contraction.
- Une sensation de manque de contact avec les muscles abdominaux et de faiblesse du tronc.
- Un inconfort au niveau du ventre ou autour de celui-ci.
- Une gêne ou des nausées en portant des vêtements serrés, en particulier des pantalons.
- Un ventre qui gonfle après les repas, indépendamment de ce qui est mangé.
- La sensation de paraître encore enceinte longtemps après l’accouchement.
- La perception de mouvements des organes sous la peau de l’abdomen lors du relâchement.
- Des douleurs lombaires lors d’activités ou de mouvements trop sollicitants, par exemple en portant un bébé.
- Une altération de la qualité de vie.
Puis-je aggraver la situation ?
La séparation des muscles abdominaux n’est pas dangereuse, et la plupart des personnes obtiennent une bonne stimulation du tronc et du corps en restant physiquement actives, pendant la grossesse comme après l’accouchement. Il n’y a pas lieu de craindre le mouvement ou de penser que l’on fait quelque chose de mal, tant que vous écoutez votre corps et avancez avec bon sens.
Il vaut largement mieux bouger que de se restreindre par peur d’aggraver la situation.
La séparation des abdominaux a longtemps été entourée de nombreuses limitations et de conseils restrictifs aujourd’hui dépassés.
On pensait autrefois qu’il fallait « protéger » les tissus pour qu’ils puissent « guérir », notamment à l’aide de ceintures abdominales.
Traitement de la séparation des muscles abdominaux
En cas de séparation des abdominaux, le mouvement et les stimulations sont essentiels pour redonner de la force au tissu conjonctif. Sans mouvement, il n’y a pas de stimulation suffisante, et donc pas de renforcement. Il ne faut donc pas avoir peur d’utiliser son corps.
Comme pour tout entraînement, il est recommandé d’écouter son corps et de progresser de manière graduelle et raisonnable. Il n’y a pas d’exercices interdits en soi, mais il est logique d’éviter ceux qui provoquent des symptômes comme une sensation de fuite, de gêne ou de douleur.
Il n’est pas non plus conseillé de « cultiver » en permanence l’effet toblerone, c’est-à-dire de s’entraîner volontairement en provoquant cette déformation. Il vaut mieux adapter les exercices et activer la partie profonde du tronc afin de stabiliser au mieux la paroi antérieure pendant l’entraînement.
Si vous souhaitez travailler plus spécifiquement le renforcement de la ligne médiane de l’abdomen, les recherches actuelles n’ont pas identifié un exercice ou un programme précis ayant un effet clairement démontré.
En revanche, de nombreuses données existent sur le tissu conjonctif, qui constitue la ligne médiane de l’abdomen, la ligne blanche. Pour renforcer ce tissu, des stimulations mécaniques sont nécessaires, c’est-à-dire des charges appliquées au tissu pour stimuler sa croissance et sa solidité. Pour cibler le tissu conjonctif de la ligne médiane, les muscles qui y sont attachés doivent être activés afin de lui transmettre cette charge.
Cela concerne en particulier les muscles profonds du tronc, notamment le muscle transverse de l’abdomen, dont les fibres s’insèrent directement sur la ligne blanche.
Pour que le tissu conjonctif devienne plus solide et plus épais avec le temps, il a besoin de stimulations mécaniques fréquentes, idéalement avec une charge et un niveau de difficulté progressivement augmentés.
En plus des muscles profonds, il est également important d’entraîner la couche superficielle des muscles abdominaux, de préférence intégrée à des exercices globaux du corps, car tous les tissus conjonctifs et les muscles sont interconnectés.
Travailler la séparation des abdominaux ne nécessite pas forcément de longues séances intensives au sol. De nombreuses stimulations utiles peuvent être obtenues dans les mouvements du quotidien, en passant du temps avec les enfants ou en réalisant les tâches domestiques.
Le tissu conjonctif met du temps à répondre à l’entraînement. La rééducation de la séparation des abdominaux n’est pas une solution rapide. Toutefois, beaucoup constateront une amélioration de la force du tronc et du tissu conjonctif après seulement quelques mois d’entraînement.
Les kinésithérapeutes de la Women’s Body Clinic ont développé un programme d’entraînement en ligne spécifiquement destiné aux femmes présentant une séparation des muscles abdominaux.
En présence de symptômes spécifiques liés à la séparation des abdominaux ou au corps après la grossesse, une évaluation individuelle et un accompagnement par un ostéopathe ou un kinésithérapeute spécialisé peuvent être pertinents.
Est-il un jour trop tard pour travailler la séparation des abdominaux ?
Il n’existe pas de période limitée après l’accouchement au-delà de laquelle il serait trop tard pour entraîner les abdominaux, le tronc et le tissu conjonctif. Ces tissus peuvent pratiquement toujours être entraînés.
Les tissus sont malléables et réagissent aux contraintes qui leur sont imposées.
Certains facteurs peuvent toutefois influencer leur réponse, comme les hormones, certaines maladies ou l’âge. Cela ne signifie pas pour autant que les tissus ne peuvent pas évoluer positivement.
Nous savons par exemple que les personnes âgées tirent de grands bénéfices de l’entraînement en force.
Pour certaines femmes, il peut être plus simple de se recentrer sur le renforcement du corps lorsque les enfants sont un peu plus grands, que l’énergie revient et que le sommeil s’améliore.
Quand envisager une chirurgie ?
Dans certains cas, la rééducation de la séparation des muscles abdominaux ne suffit pas pour que la femme se sente satisfaite. La question d’une intervention chirurgicale dépend de nombreux facteurs et reste très individuelle, qu’il s’agisse de symptômes ou d’aspects esthétiques.
Nous savons que beaucoup de femmes constatent une amélioration durable de leur qualité de vie après une opération, et cet élément mérite d’être pris en compte.
Il n’existe pas de recommandations claires concernant le moment ou les indications précises pour opérer. Il est donc impossible de dire à l’avance si le système public proposera une prise en charge chirurgicale. De nombreuses femmes se tournent vers le secteur privé et financent l’intervention elles-mêmes.
Voici quelques points de réflexion pertinents si vous envisagez une opération :
- Il est préférable de ne considérer la chirurgie que si la situation vous gêne réellement, sur le plan physique ou psychologique et esthétique, les deux étant tout à fait légitimes.
- Il est conseillé d’attendre d’avoir terminé les grossesses, et idéalement deux à trois ans après le dernier enfant, afin de laisser au tissu le temps de récupérer et que les enfants soient à un âge où ils nécessitent moins de portage.
- Vous ne devriez plus allaiter et votre équilibre hormonal devrait être stabilisé.
- Un entraînement régulier pendant au moins douze mois, de préférence accompagné par un kinésithérapeute spécialisé, devrait avoir été tenté.
- La chirurgie peut être envisagée si les progrès stagnent malgré la rééducation, ou si le pronostic suggère que l’opération pourrait être nécessaire pour obtenir l’amélioration souhaitée.
- Il est important de comprendre que la chirurgie n’est pas une solution rapide. Les muscles sont resserrés, mais pas renforcés, et la phase de guérison et de rééducation est souvent plus longue que prévu.
- Une rééducation ciblée permet généralement d’obtenir de très bons résultats et ne sera jamais inutile, même si une chirurgie est finalement réalisée.
- Nous ne fixons pas de critères stricts de temps ou de symptômes, laissant la décision à chaque femme. En revanche, un travail de rééducation spécifique sera toujours recommandé avant toute intervention chirurgicale.